jeudi 16 avril 2020

Girl Edna O'Brien



Merci aux éditions Audiolib de cette écoute.

Le nouveau roman d'Edna O'Brien laisse pantois. S'inspirant de l'histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en 2014, l'auteure irlandaise se glisse dans la peau d'une adolescente nigériane. Depuis l'irruption d'hommes en armes dans l'enceinte de l'école, on vit avec elle, comme en apnée, le rapt, la traversée de la jungle en camion, l'arrivée dans le camp, les mauvais traitements, et son mariage forcé à un djihadiste - avec pour corollaires le désarroi, la faim, la solitude et la terreur.
Le plus difficile commence pourtant quand la protagoniste de ce monologue halluciné parvient à s'évader, avec l'enfant qu'elle a eue en captivité. Celle qui, à sa toute petite fille, fera un soir dans la forêt un aveu déchirant - "Je ne suis pas assez grande pour être ta mère" - finira bien, après des jours de marche, par retrouver les siens. Et comprendre que rien ne sera jamais plus comme avant : dans leur regard, elle est devenue une "femme du bush", coupable d'avoir souillé le sang de la communauté.

Un sujet que l'on connaît peu : la vie des femmes au Nigéria avec la menace de sectes islamiques dans l'ombre.

Ce roman est une énumération de faits, de sensations.
Une histoire dure d'une adolescente kidnappée puis mariée à un djihadiste et sa fuite pour retrouver les siens.
 Plus rien n'est pareil pour la jeune femme.
Ce roman est un cri pour la dignité d'une femme , le droit à se reconstruire, à l'oubli de ce qu'il lui est arrivé.

Un roman dur et dont l'horreur est accrue par le fait que  beaucoup de choses décrites ici sont inadmissibles pour nous les occidentaux. On pense peu au statut des femmes dans beaucoup de pays de la planète où elles sont plus des objets que des êtres humains à part entière. Maryam se bat pour sa vie, sa fille et la compréhension de ce qu'il lui est arrivé par les siens. Le tout sous le joug de  la superstition qui  fait partie des croyances de ces populations.

La voix de Claire Cahar  est parfaite pour interpréter celle du personnage de Maryam : une voix jeune qui met l'accent sur les espoirs et les doutes de notre héroïne.

Un roman qui montre que le chemin est encore long pour les femmes dans leur combat à la reconnaissance de ce qu'elles sont et de leurs droits.







mercredi 15 avril 2020

Vie de Gérard Fulmard Jean Echenoz



Une biographie d'un partisan politique.

La carrière de Gérard Fulmard n’a pas assez retenu l’attention du public. Peut-être était-il temps qu’on en dresse les grandes lignes.
Après des expériences diverses et peu couronnées de succès, Fulmard s’est retrouvé enrôlé au titre d’homme de main dans un parti politique mineur où s’aiguisent, comme partout, les complots et les passions.
Autant dire qu’il a mis les pieds dans un drame. Et croire, comme il l’a fait, qu’il est tombé là par hasard, c’est oublier que le hasard est souvent l’ignorance des causes.

Cette biographie romancée est une longue énumération de faits, de moments de la vie de Gérard Fulmard. L'auteur a un style particulier pour une biographie. Il use de l'humour, du cynisme même parfois. On a des moments de sourires d’autres où on est un peu décontenancé par cette humour noire.
L'auteur fait peu de cas des sentiments de "son personnage", c'est assez déroutant pour ce style littéraire. De plus, la narration à la première personne est déroutante mêlée à cette absence de sentiment.
Les descriptions sont très ampoulées parfois et déroutantes avec un vocabulaire atypique.

L'histoire par elle-même est fait de complots, d'enjeux politiques dans lesquels Gérard Fulmard est pris parfois malgré lui et sous la contrainte.
La vie de Gérard de Fulmard n'a rien d’héroïque, c'est plus une vie de contraintes, de faux pas qui entraînent le personnage à devenir l'homme de main  d'hommes politiques.

La lecture de Dominique Pinon est à la hauteur de l'ironie, du cynisme qui ressort de la narration.

Je lis très peu de biographie, trouvant que c'est un exercice difficile pour être réussi. Ce roman confirme ce sentiment.





mardi 14 avril 2020

Beloved Toni Morrison





Merci aux éditions Audiolib de cette écoute.

« Le 124 était habité de malveillance. Imprégné de la malédiction d'un bébé... »
À Bluestone Road, près de Cincinnati, vers 1870, les meubles volent, la lumière allume au sol des flaques de sang, des gâteaux sortent du four marqués de l'empreinte d'une petite main de bébé. Dix-huit ans après son acte de violence et d'amour maternel, Sethe l'ancienne esclave et les siens sont encore hantés par la petite fille de deux ans qu'elle a égorgée. Jusqu'au jour où une inconnue, Beloved, arrivée mystérieusement au 124, donne enfin à cette mère hors-la-loi la possibilité d'exorciser son passé. Parce que pour ceux qui ont tout perdu, la rédemption ne vient pas du souvenir, mais de l'oubli.
Ce roman aux résonances de tragédie grecque, au style d'une flamboyante beauté lyrique, a reçu en 1988 le prix Pulitzer, et a figuré pendant des mois en tête des listes de best-sellers en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Beloved est un moment hors du temps, une alchimie sublime entre un texte puissant et la voix envoûtante d’Anne Alvaro.


Que dire de ce roman !
Un roman particulier par sa narration déroutante, par son sujet : l'esclavage avec une pointe de surnaturelle ?
L'auteure parle souvent de faits qu'elle n'a pas encore expliqués d'où mon expression de narration déroutante. Il faut s'accrocher pour bien comprendre.
On suit Sethe, jeune mère, esclave et ses enfants vivants et morts !
Des thèmes forts sont abordés ici : l'amour, la dignité, la culpabilité, la folie en un sens, l'esclavage, la liberté .
Il en ressort un questionnement, une force de s'en sortir pour Sethe grâce à Beloved, personnage énigmatique du roman.

La voix d'Anne Alvaro est un peu trop linéaire à mon goût et ne m'a pas aidé à me concentrer sur le texte déjà déroutant avec ses ellipses temporelles. J'ai parfois dû réécouter des passages.0

Un roman fort, dur , déroutant par sa narration qui je pense mérite une deuxième lecture pour bien appréhender ce qui est en jeu ici.